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La marionnette, l'espacement

Renaud Herbin
Manip (le journal de la marionnette, hors-série 05, Themaa, sept.11, p.8)
D’abord, il y a la marionnette figurative, articulée et animée, une marionnette qui représente le corps humain et reproduit ses comportements, une marionnette capable de se transformer qui joue sur les échelles, sur l’ambiguïté de la matière prenant l’apparence de la vie. Mais je me représente le champs des arts de la marionnette contemporaine comme un espace d’incertitudes, aux contours fluctuants et poreux. Un espace basé sur la notion d’articulation et de mise en relation. Ce qui fait marionnette : toute forme engageant une relation particulière du vivant à la matière inerte. Le poids, la surface, le volume de la matière sont autant de paramètres qui lui donnent la ressource de nous dérouter. La matière nous laisse jamais seuls, car elle réclame de nous la plus grande attention, qu’on la soutienne, par contact ou à distance. Elle refuse les promesses de l’utopie, exige l’engagement dans le concret du présent. Elle nous échappe, nous demande de nous situer, d’ajuster nos distances et nos orientations. Elle établit et institue, temporairement, un état d’équilibre instable. Elle déplace. Elle amplifie, extériorise les infra-mouvements. Elle devient interface avec le monde et propose des modèles d’organisations, des systèmes d’échanges et d’allers-retours entre les corps. Loin des clichés et au-delà des étiquettes, la marionnette déploie une richesse infinie de formes, s’appuyant sur des histoires et des techniques souvent ancestrales mais qui demande de s’actualiser, de se renouveler pour nous surprendre. Par sa spécificité, la marionnette, joue avec la représentation des corps, devient moteur de leur mise en image. La marionnette cultive sa capacité de transformations fulgurantes, son aspect mouvant, réduit ou dilaté, grotesque et dérisoire. Ces corps non identifiés aux identités troubles nous questionnent. La marionnette possède cet immense avantage d’être le miroir de nos existences charnelles et de nous inviter par l’art de la concision à faire une autre expérience du monde. La marionnette comme un espacement, à l’image de l’espace vibrant qui relie la marionnette et le marionnettiste, le spectacle et le spectateur, le dedans et le dehors du théâtre. Un espace qui relie les protagonistes parce qu’il leur laisse la place de l’interprétation et de l’invention, un espace des possibles pour ce qu’il propose de variations infinies et de transformations de nos représentations.



Objets de DESIRS / Désirs d'OBJETS
Renaud Herbin
Texte écrit en discussions avec Christophe Le Blay
Théâtre/Public 193 : La marionnette ? Traditions, croisements, décloisonnements
p91-93





















SOULEVE-TOI
Pour la récalcitrance des corps : le corps et la marionnette

Renaud Herbin
Texte écrit en discussions avec Christophe Le Blay
Revue Puck 17 (Institut International de la Marionnette, 2010)